Eric de Seynes, de la passion moto à la direction de Yamaha
Chez Yamaha, certains dirigeants arrivent par le haut.
Eric de Seynes, lui, est monté par la route, les paddocks, les chutes, les nuits blanches et les paris risqués.
Son histoire commence très tôt. À trois ans, il monte pour la première fois sur une moto : la BMW R69S de son père. Une évidence presque génétique. Dans la famille, la moto n’est pas un loisir, c’est une culture. Deux grands-pères, six oncles, un père passionné jusqu’à l’os… le décor est planté.
Une enfance bercée par la course et les légendes
Né le 9 juin 1960 à Neuilly-sur-Seine, Eric grandit dans un environnement où les grands noms de la moto française circulent naturellement. Son père est proche de Jean Murit, multiple champion de France et concessionnaire BMW parisien. Ensemble, ils fondent le BMW Club de France, relancent le Bol d’Or en 1969 et participent à l’essor d’événements mythiques comme la concentration des Chamois à Val d’Isère.
Eric ne regarde pas la moto de loin. Il vit dedans. Il accompagne son père sur les courses majeures de l’époque : GP de Rouen, GP de France, Coupes Eugène Mauve… et se nourrit d’images cultes au cinéma avec Continental Circus ou Le Cheval de fer. La passion devient obsession.
Apprendre, chuter, comprendre
Au début des années 70, il forge sa culture technique seul :
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l’anglais avec Motor Cycle News
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l’allemand avec Das Motorrad
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la technique avec Moto Revue
Courir devient un objectif. En 1974, il participe au Guidon Shell, finale d’une école de pilotage dirigée par Georges Monneret. Résultat : podium en 1974 et 1975. Le virus est installé.
Son père pose alors une règle claire : aucune aide financière pour courir.
Qu’à cela ne tienne. Eric gagne sa vie en réparant des mobylettes, enchaîne les petits boulots, passe son permis moto à 16 ans… et achète sa première machine deux jours plus tard.
Entre 1976 et 1980, il chute 32 fois. Plutôt que d’abandonner, il analyse. Il note chaque erreur. Depuis 1982, il ne tombera plus jamais sur route ouverte. Le pilote devient déjà stratège.
De la compétition au management par l’expérience
En 1978, il s’engage en Challenge Honda 125. Sans voiture, il voyage en train avec sa moto en bagage accompagné. Les résultats sont modestes, mais l’apprentissage est immense. Parallèlement, il poursuit des études de commerce.
L’appel du désert arrive avec le Paris-Dakar. En 1981, il termine 3e amateur 250 cm³ au Rallye de Tunisie. En 1982, il prend le départ du Dakar sans assistance. Abandon mécanique, mais une certitude : il est fait pour des projets complexes.
Sport-Action : l’innovation avant l’heure
En 1984, il crée Sport-Action, une société de production vidéo embarquée en compétition. Une idée en avance sur son temps. Caméras sur motos et voitures, images live… trop novateur pour certains teams.
Alors il monte son propre team d’endurance en 1986, engage des Suzuki ex-usine, recrute des pilotes GP expérimentés. Résultat :
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6e aux 8 Heures de Suzuka
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5e aux 24 Heures du Mans
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podium aux 24h de Montjuich
À 26 ans, Eric de Seynes a déjà compris la compétition, la communication… et les limites du système.
L’entrée chez Yamaha : une évidence
Fin 1986, il rejoint Mobil Oil France et développe une gamme de lubrifiants moto. C’est là qu’il croise Jean-Claude Olivier et négocie un partenariat avec Sonauto-Yamaha. Le lien est créé.
Après un passage remarqué à la SEITA (sponsoring F1 Ligier et Yamaha GP 500), Jean-Claude Olivier lui propose en 1990 d’intégrer Yamaha-Sonauto. Il accepte immédiatement.
Marketing, product-planning, stratégie commerciale : Eric de Seynes participe directement à la création de Yamaha Motor France en 1992. En 1996, Yamaha prend le leadership du marché français, qu’elle ne lâchera plus.
Entrepreneur, puis héritier naturel
En 2001, il quitte Yamaha pour relever un nouveau défi entrepreneurial : presse spécialisée, événements, Moto Tour, Paris Tuning Show, championnats internationaux… Il reste cependant en lien constant avec Yamaha et son réseau.
En 2009, après 45 ans chez Yamaha, Jean-Claude Olivier prépare sa succession. Le choix est évident.
Le 1er septembre 2009, Eric de Seynes est nommé Directeur Général de Yamaha Motor France.
Un dirigeant européen dans un groupe japonais
Les responsabilités s’enchaînent :
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2010 : Président de la branche motocycle de la CSIAM
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2014 : Directeur Général des Opérations de Yamaha Motor Europe
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2016 : nommé Executive Officer de Yamaha Motor Corporation
Une première historique pour un Européen.
Sa ligne reste claire :
« La manière a parfois changé, mais le fond et les valeurs restent les mêmes, celles de Yamaha. »
Pourquoi Eric de Seynes est une figure clé de l’histoire Yamaha
Parce qu’il :
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connaît la moto avant de diriger une marque
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a vécu la compétition, l’échec, l’innovation
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incarne la continuité culturelle entre le Japon et l’Europe
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dirige Yamaha sans jamais trahir son ADN
Chez Yamaha, l’histoire n’est pas une vitrine.
Avec Eric de Seynes, elle devient une boussole.


